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SPRINGback

Rencontre avec Julie Desbuquois

Accompagner les enfants à « Haut potentiel »

Surdoués, Enfants à Haut Potentiel ou Haut Potentiel Intellectuel, de nombreux termes existent, mais notre préféré reste celui de « zèbre » introduit dans les années 2000 par la psychologue française Jeanne SIAUD-FACCHIN, spécialiste du surdouement.

En voici la définition, tirée de son livre « Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué ».

« Le zèbre, cet animal différent, cet équidé qui est le seul que l’homme ne peut apprivoiser, qui se distingue nettement des autres dans la savane tout en utilisant ses rayures pour se dissimuler, qui a besoin des autres pour vivre et prend un soin très important de ses petits, qui est tellement différent tout en étant pareil. Et puis, comme nos empreintes digitales, les rayures des zèbres sont uniques et leur permettre de se reconnaître entre eux. Chaque zèbre est différent. »

Auteure, éditrice, project coach, Julie Desbuquois est tout ça et bien plus à la fois. Son parcours académique et professionnel est à l’image de qui elle est : passionnée, curieuse, intelligente, insatiable de créer et d’apprendre. Sa passion pour les mots l’ont amené – il y a quelques années – à donner à sa vie un nouvel élan. Elle revient avec nous sur la découverte de sa douance, sur son parcours de zèbre, de femme, de mère et d’entrepreneuse.

SPRINGback l’a rencontré.

Julies desbuquois - haut potentiel

Quand et comment as-tu découvert que tu étais une personne dite à « Haut potentiel » ?

J’ai découvert que j’étais haut potentiel assez tard, vers 22 ans.

Une lecture fut alors une révélation : L’adulte surdoué, de Monique de Kermadec. J’y ai trouvé tant de similitudes avec mes ressentis, mes réactions, mes comportements, notamment à travers la notion d’entéléchie et de faux-self, que c’est à ce moment précis que j’ai compris qu’un mot, un concept, pouvait représenter ma perception des choses. Je me sentais parfois « à part » tout en ayant la conviction que tout le monde fonctionnait de la même façon. C’est avec ce livre que j’ai compris qu’être HP (Haut Potentiel) ne signifiait pas être « mieux » ou « plus », mais être « autrement ». J’ai fait des tests en libre accès et ai ensuite approfondi cette réalité avec des professionnels.

À l’école, enfant, tu n’avais pas encore été identifiée comme EHP. Penses-tu que cela aurait changé quelque chose ?

Oui ! J’ai souffert du système scolaire classique, notamment du fait de l’ennui et d’un sentiment d’inadaptabilité. La créativité et l’ouverture à d’autres formes d’apprentissages n’y avaient que très peu de place.

Mais j’ai eu la chance de faire partie des Enfants à Haut Potentiel qui n’ont pas décroché scolairement. J’étais même à l’inverse, dans le modèle première de classe : mes bulletins étaient excellents même si j’étais très bavarde (!). C’était ma façon de compenser l’ennui je pense… Mes parents n’ont jamais envisagé de me faire tester car ils n’avaient pas cette « culture » de la douance et, même s’ils l’avaient fait, je ne crois pas qu’ils m’auraient sortie du système scolaire classique. L’époque était différente. Cela n’a pas été un trop gros frein au primaire et collège, mais à partir du lycée et des études supérieures, j’ai très souvent suivi mes cursus en « parallèle ». Je n’allais pas aux cours, je me les procurais et je passais les examens.

Pendant mon temps libre, je pouvais me consacrer à l’art, la musique et d’autres projets qui me passionnaient. J’ai étudié presque dix ans comme ça et c’est ce qui m’a vraiment enrichie. J’avais besoin de cette liberté.

T’es-tu sentie en marge de la société du fait de cette douance ?

Je n’ai jamais été « dans les cases ».

Un parcours atypique, multidisciplinaire, une curiosité insatiable, des objectifs différents des autres, un besoin permanent d’être à l’écoute de qui je suis. Je n’ai jamais ressenti le besoin de « suivre une voie », ce qui paraissait opposé au schéma de carrière linéaire très présent en France. La culture de la réussite m’a dès le départ semblé paradoxale. Je suis plusieurs voix et je les écoute tout le temps, mes leviers étant avant tout ma curiosité et mon intuition. Aujourd’hui, par mes activités, je rencontre naturellement des gens qui me ressemblent, ma particularité est ainsi devenue une force.

En tant que mère aujourd’hui, vas-tu prêter une plus forte attention au développement de ton fils et à cette potentialité ?

Oui bien sûr. Je suis très à l’écoute et j’observe surtout les non-dits, car en tant que haut potentiel, je sais que les Enfants à Haut Potentiel sont très doués pour se conformer aux attentes implicites des autres. Ils détectent les projections avec une grande acuité, ainsi ils sont plus à mêmes de s’oublier sans qu’on le remarque (notion de clairvoyance et de faux-self).

Mon fils a 3 ans et demi et je lui parle depuis tout petit des émotions, je lui dis qu’il a toujours le droit d’être qui il est et que même si Maman n’est pas d’accord ou fâchée, je l’aime comme il est. Il doit être fier de lui avant tout. Sa force, c’est sa confiance, et je me suis rendu compte que ma douance était un formidable atout en tant que maman.

S’il était lui-aussi un zèbre, choisirais-tu un autre mode d’éducation que l’école « classique » ?

Pour être sincère, je souhaitais mettre mes enfants dans une école alternative. Les modèles scandinaves sont à mes yeux l’idéal. Mais j’habite une ville dans laquelle je n’ai pas trouvé ce type d’école, j’ai même failli en créer une inspirée des recherches en neurosciences.

J’ai donc « choisi » le modèle classique qui correspond pour l’instant tout à fait à mon fils, qui est seulement en deuxième année de maternelle. Je lui apporte les enseignements plus créatifs et plus sensibles à la maison. Si je vois qu’il rencontre des difficultés ou de l’ennui dans le système classique, je n’aurais aucun problème à réfléchir à une autre solution.

Je pense que les Enfants Haut Potentiel ont besoin de mettre des mots sur leur différence mais ils ont aussi – et surtout – besoin d’avoir de vrais modèles. Le chemin que font les parents est un chemin à faire en moins pour l’enfant.

Que conseillerais-tu aux parents qui ont un enfant à haut potentiel ?

Écouter, au-delà des mots, et communiquer, sans limite de mots !

Être haut potentiel, c’est être différent, extraordinairement différent, mais c’est avoir le besoin vital de se sentir compris, écouté, reconnu.

Le plus gros challenge en tant que parent EHP est, je pense, de permettre à son enfant d’être qui il est vraiment, d’apaiser ses doutes. Les projections parentales doivent être au maximum conscientisées par les parents pour éviter de « sur-investir » l’enfant. Ce sont aussi des enfants avec une grandeur d’âme très forte, ils ont besoin de trouver du sens, dans des activités qui leur permettent d’être en accord avec leur sensibilité : arts, liens avec les animaux, musique, nature, découvertes, théâtre…

Ils ont besoin d’être nourris et stimulés dans le respect de leur liberté. Les tester, oui, mais dans le but de les aider à comprendre leur singularité.

Pour conclure, être un EHP, cadeau ou fardeau ?

Ahah pour moi aujourd’hui c’est un véritable cadeau !

Certains ne voient qu’une partie de moi, la part sensible, d’autres seulement l’autre partie, la part plus « adaptée », mais je crois que nous voyons chacun ce que nous voulons voir. Mon équilibre réside dans le tout, je dois stimuler mon cerveau et exprimer ma sensibilité. J’ai trouvé un merveilleux moyen d’y parvenir en développant de multiples casquettes. Aujourd’hui, je suis à la fois auteure (j’ai publié mon premier roman, Racines d’Elles, le 8 août 2019), éditrice, project coach, maman, femme et entrepreneuse de ma vie. Je sais que ma vie peut changer du jour au lendemain car c’est ce qui fait ma singularité : écouter mon cœur et mon intuition, qui n’ont de cesse de me pousser vers l’exploration du monde !

Pour suivre Julie Desbuquois :

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